Eau et mode : un problème de taille XXL, des solutions au compte-goutte
La mode s'adapte avec agilité à ses collections saisonnières. Face au manque d'eau, c'est une tout autre histoire. Un jean nécessite entre 5 000 et 9 000 litres d'eau pour être fabriqué, un simple tee-shirt environ 2 700 litres.
9/29/20263 min temps de lecture
Eau et mode : un problème de taille XXL, des solutions au compte-goutte
La mode s'adapte avec agilité à ses collections saisonnières. Face au manque d'eau, c'est une tout autre histoire. Un jean nécessite entre 5 000 et 9 000 litres d'eau pour être fabriqué, un simple tee-shirt environ 2 700 litres. À l'échelle mondiale, le secteur textile et mode consommerait chaque année près de 93 milliards de m³ d'eau douce, un chiffre régulièrement cité par la Fondation Ellen MacArthur, la CNUCED et le Forum économique mondial (WEF), soit environ 4 % des prélèvements mondiaux d'eau douce.
Comme le résume un expert du WEF cité par Les Echos, « l'usage de l'eau est un problème de taille XXL pour l'industrie du textile ». Un constat renforcé par la pollution générée en aval : les procédés de teinture toxiques seraient à l'origine de 20 % de la pollution industrielle mondiale de l'eau, selon le même Forum.
Une transformation engagée, mais à un rythme insuffisant
Depuis une dizaine d'années, la filière mode affirme avoir engagé la transformation de ses procédés pour réduire ses prélèvements d'eau douce et limiter la pollution associée, une dynamique confirmée par la Commission Innovation et Développement Durable de la Fédération française de la Haute Couture et de la Mode (FHCM). Mais le titre même de l'article des Echos qui documente cette évolution résume la réalité du terrain : des « améliorations au compte-goutte ». Le modèle de production intensif qui caractérise l'industrie de la mode continue de freiner des progrès pourtant identifiés depuis longtemps.
Des innovations techniques réelles, mais encore à l'échelle pilote
Deux exemples illustrent bien ce décalage entre l'ambition technologique et le rythme de déploiement industriel :
DyeCoo, technologie néerlandaise de teinture au CO2 supercritique, permet de teindre sans eau, sans additifs chimiques et sans étape de séchage. Adidas et Nike l'ont déjà adoptée mais uniquement pour le polyester. Le coton, fibre la plus utilisée au monde, reste hors de portée de cette technologie.
Pigmentoco, start-up tunisienne accompagnée par l'Institut Entrepreneuriat & Innovation d'HEC Paris, travaille justement à combler ce manque : elle adapte la teinture au CO2 supercritique aux fibres naturelles, coton compris, avec une réduction d'impact environnemental annoncée de 40 % en analyse de cycle de vie. Le projet est encore au stade de prototype semi-industriel, à la recherche de projets pilotes.
Ces deux cas montrent que la technologie existe et progresse mais que le passage à l'échelle industrielle, en particulier pour le coton, reste le véritable verrou du secteur.
Un risque devenu financier, pas seulement environnemental
Autre évolution notable de ces derniers mois : le stress hydrique n'est plus traité uniquement comme un sujet RSE. Des cadres d'évaluation utilisés par les investisseurs, CDP Water Security, TNFD, notent désormais les entreprises sur leur exposition au risque eau. En Europe, la CSRD impose aux grandes entreprises la divulgation de ces risques. Une donnée d'autant plus critique que 75 % des sites de production textile pourraient être exposés à un stress hydrique élevé à sévère d'ici 2050, notamment en Chine, en Inde, au Pakistan, au Bangladesh et en Asie centrale, des zones qui concentrent une large part de la production mondiale.
L'analyse de l'ITBA-AIBT
Ce dossier confirme un constat que l'Alliance porte depuis sa création : la disponibilité de solutions techniques ne suffit pas à transformer un secteur si le modèle économique sous-jacent, volumes, cadences, marges, continue de pousser dans la direction inverse. DyeCoo existe depuis plus de dix ans et reste cantonné au polyester ; Pigmentoco, aussi prometteuse soit-elle, n'en est qu'au stade pilote. Entre la preuve de concept et le déploiement à l'échelle d'une filière mondiale, l'écart reste considérable.
C'est précisément l'angle mort que la certification FiberForever™ cherche à combler : accompagner les entreprises non pas seulement dans l'adoption d'une technologie, mais dans la structuration d'un modèle de production compatible avec les limites physiques de la ressource en eau, dès la conception, et pas seulement en bout de chaîne. À l'heure où l'eau devient un critère financier autant qu'environnemental, les entreprises qui construisent cette preuve dès aujourd'hui prendront une longueur d'avance réglementaire et commerciale sur celles qui attendront la contrainte.
Sources : Les Echos, série « Quand l'eau vient à manquer » (4/5) ; Fondation Ellen MacArthur ; Forum économique mondial ; HEC Paris ; Novethic.
ITBA - AIBT
Pour toute question, n'hésitez pas à nous contacter.
Suivez-nous
Ressources
contact@itba-aibt.org
© 2025. All rights reserved.
AIDE




Paris - Montreal - Shanghai
